Dater un uniforme militaire français
Par Augustin, fondateur d'Athena Militaria Publié le
Un uniforme se date de l'intérieur. La coupe et la couleur donnent une fourchette large, souvent large de trente ans ; ce sont l'étiquette cousue dans la doublure, les boutons et les pattes de col qui resserrent. Encore faut-il les regarder avant de laver quoi que ce soit, parce que le lavage efface exactement cette information.
Avant tout : ne lavez pas
L'eau fixe certaines taches, fait rétrécir la laine et efface les marquages à l'encre appliqués à l'intérieur des vêtements. Ces marquages sont souvent la seule information datée que porte la pièce. Un uniforme sale reste identifiable ; un uniforme lavé, souvent, ne l'est plus.
De même, ne découdez rien, ne remplacez aucun bouton, et ne retirez pas les insignes cousus, même s'ils vous paraissent rapportés. Le détail des gestes à éviter est dans entretenir du militaria sans détruire sa valeur.
1. Le tissu et la couleur : la fourchette large
C'est ce qui saute aux yeux et c'est le moins précis, mais cela situe.
Le drap de laine épais, lourd au toucher, appartient aux tenues les plus anciennes. Le bleu horizon, ce gris bleuté clair, apparaît au cours de la Grande Guerre et caractérise l'armée française de cette période. Le kaki moutarde couvre les décennies suivantes. Les tissus de coton serré, les satins et les toiles légères correspondent aux tenues plus récentes, d'après-guerre.
Frottez le tissu entre deux doigts : la laine ancienne gratte et se feutre, le coton moderne glisse. Regardez aussi la doublure, souvent d'un tissu différent, qui vieillit autrement.
2. L'étiquette intérieure : la date exacte
C'est l'endroit décisif, et c'est celui que personne ne regarde. Cherchez dans la doublure, au bas du dos, sous un pan, dans une poche intérieure, ou sous le col.
Vous pouvez y trouver, selon les périodes : le nom ou l'initiale d'un établissement de confection, une taille exprimée dans un système ancien plutôt qu'en centimètres, un tampon d'acceptation, et parfois une année écrite en clair. Une année imprimée ou tamponnée sur l'étiquette borne la fabrication : le vêtement ne peut pas être antérieur.
Un nom de soldat, écrit à l'encre ou brodé, est un cas différent et plus précieux : il ouvre la possibilité de retrouver un parcours. Notez-le exactement, sans corriger l'orthographe.
3. Les boutons
Retournez un bouton. Beaucoup portent au revers un nom de fabricant, parfois une ville, occasionnellement un chiffre.
La matière compte autant que le marquage : laiton doré, métal peint, corozo, matière plastique. Un bouton de remplacement se repère souvent au fil, d'une couleur ou d'une épaisseur différente de celui des autres, et à la marque laissée par le bouton précédent sur le tissu.
Ne remplacez jamais un bouton manquant pour « compléter ». Une pièce à laquelle il manque un bouton d'origine vaut mieux qu'une pièce dont tous les boutons sont faux.
4. Les pattes de col et les insignes
Les pattes de col portent généralement un numéro et un liseré de couleur. Le numéro renvoie à l'unité, la couleur à l'arme. C'est la combinaison qui situe, pas l'un des deux pris isolément.
Regardez la couture : des pattes d'origine ont été cousues une fois, et le tissu porte la mémoire de cette couture unique. Des pattes rapportées laissent souvent voir des trous d'aiguille antérieurs, un fil trop neuf, ou une zone de tissu moins passée que le reste du col, parce qu'elle était protégée par un insigne différent.
Les insignes métalliques éventuellement fixés se lisent selon la méthode de identifier un insigne militaire français : le dos avant la face.
Ce qui fait la valeur d'une tenue
- La complétude. Une tenue entière, avec sa coiffure, son ceinturon et ses accessoires, n'a rien à voir avec une vareuse seule.
- L'homogénéité. Tous les éléments de la même période, du même fabricant si possible.
- L'état d'origine, y compris les reprises d'époque, qui font partie de l'histoire du vêtement.
- L'attribution nominative, quand un nom permet de retrouver le soldat.
- La taille. Les grandes tailles sont plus rares et intéressent les reconstitueurs autant que les collectionneurs.
Comme partout, il n'y a pas de cote officielle : la fourchette se construit sur des ventes réellement conclues, méthode détaillée dans estimer la valeur d'une pièce et illustrée par l'archive des ventes.
Conserver un uniforme
Sur cintre large et rembourré, jamais sur un cintre fin en fil de fer qui déforme les épaules. Housse en coton, jamais en plastique : le plastique enferme l'humidité et fait jaunir. Pièce chauffée normalement, à l'abri de la lumière directe, et surtout pas au grenier ni à la cave.
Contre les mites, préférez une inspection régulière et un aspirateur passé doucement à travers une gaze plutôt que des produits agressifs. Et ne mettez jamais un uniforme en contact prolongé avec du cuir : le tanin attaque les fibres et les métaux voisins.
Ce que je ne peux pas vous dire ici
Je ne peux pas attribuer une vareuse à un régiment d'après une photographie de face. Les tenues françaises couvrent un siècle et demi, avec des variantes de fabrication, des reprises et des réemplois d'une période à l'autre.
Photographiez le vêtement à plat, l'intérieur du col, l'étiquette, un bouton de face et de revers, chaque patte de col de près, et les éventuelles réparations. Puis posez la question à la communauté. Le catalogue est classé par période : uniformes 14-18, uniformes 39-45.
Questions fréquentes
Faut-il laver un uniforme militaire ancien ?
Non, jamais. L'eau fixe certaines taches, fait rétrécir la laine et efface les marquages à l'encre appliqués à l'intérieur, qui sont souvent la seule information datée que porte la pièce. Un uniforme sale reste identifiable, un uniforme lavé souvent ne l'est plus.
Où trouver la date de fabrication d'une vareuse française ?
Sur l'étiquette intérieure, à chercher dans la doublure, au bas du dos, sous un pan, dans une poche intérieure ou sous le col. Elle peut porter un établissement de confection, une taille dans un système ancien, un tampon d'acceptation et parfois une année en clair, qui borne la fabrication.
Que signifie le bleu horizon d'un uniforme ?
Ce gris bleuté clair apparaît au cours de la Première Guerre mondiale et caractérise l'armée française de cette période. Il donne une fourchette large, à resserrer ensuite avec l'étiquette intérieure, les boutons et les pattes de col.
Faut-il remplacer un bouton manquant avant de vendre ?
Non. Une pièce à laquelle il manque un bouton d'origine vaut mieux qu'une pièce dont tous les boutons sont faux. Un bouton rapporté se repère au fil, d'une couleur ou d'une épaisseur différente, et à la marque laissée par le précédent sur le tissu.
Comment savoir si les pattes de col sont d'origine ?
Regardez la couture et le tissu autour. Des pattes d'origine ont été cousues une fois, sans trous d'aiguille antérieurs. Des pattes rapportées laissent souvent voir d'anciens perçages, un fil trop neuf, ou une zone de col moins passée que le reste parce qu'elle était protégée par un insigne différent.
Comment conserver un uniforme sans l'abîmer ?
Sur un cintre large et rembourré, sous une housse en coton et jamais en plastique, dans une pièce chauffée normalement et à l'abri de la lumière directe. Ni grenier ni cave. Contre les mites, inspectez régulièrement et passez doucement l'aspirateur à travers une gaze plutôt que d'employer des produits agressifs.