Identifier et dater un casque à pointe allemand, du modèle 1842 au modèle 1915
Par Augustin, fondateur d'Athena Militaria Publié le
Le casque à pointe est l'objet le plus reconnaissable du militaria allemand, et l'un des plus trafiqués. Entre 1842 et 1915, il change de hauteur, de visière, de jugulaire et de métal, et tout se lit sur l'objet. Ce guide vous donne la méthode pour dater un casque, reconnaître un remontage ou une copie, et juger de ce qui fait sa valeur. Il ne donne aucun prix : il donne les critères.
Le casque à pointe en deux minutes : 1842-1916
Le casque à pointe entre dans l'infanterie prussienne par un ordre de cabinet du 23 octobre 1842, sous Frédéric-Guillaume IV. La Russie adopte le sien en 1844 ; qui a copié qui reste débattu. Les autres États allemands suivent, la Bavière en dernier, vers 1886.
Deux idées fausses. Les soldats de 1914 ne le portaient pas tous : Jäger, Schützen, mitrailleurs, télégraphistes, aérostiers et train portaient le tschako (les pionniers le gardaient), et l'artillerie avait une boule depuis 1844, la pointe blessant les chevaux. Et il n'a rien à voir avec 1939-1945. Retiré du front en 1916 au profit du casque d'acier, il ne survit, après 1919, que dans quelques polices : la gendarmerie et la police bavaroises gardent leur casque à pointe jusqu'en 1935, quand les autres polices allemandes passent au tschako. Un tel casque relève de la Première Guerre mondiale ou du XIXe siècle, jamais de la Seconde.
Dater un casque : les repères qui changent de 1842 à 1915
Un casque de troupe se date par sa silhouette et sa quincaillerie ; beaucoup sont passés d'un modèle au suivant, d'où des hybrides authentiques.
- Modèle 1842. Casque très haut, 34 à 38 cm pointe comprise, dont 14 cm de pointe sur base cruciforme, visière avant carrée, écailles convexes pour tous les grades. Très rare.
- 1860. Banderole « MIT GOTT FÜR KOENIG UND VATERLAND » ajoutée à l'aigle.
- Modèle 1867. Base de pointe ronde, visière avant arrondie, dorsale supprimée, plaque à glissières. Les dragons gardent base cruciforme et visière carrée.
- Modèle 1871. Retour du boulon de plaque, les glissières ayant fait perdre trop d'aigles, et de la dorsale, le casque étant trop faible sans elle.
- Modèles 1887 et 1891. Pour les troupes à pied, hors Garde et grenadiers, la jugulaire de cuir remplace les écailles, et la pointe, plus courte, se perce de cinq, parfois six, évents. En 1891 apparaissent les boutons latéraux « M91 » et la jugulaire à boucle en V.
- Modèle 1895. Dernière réduction de hauteur, évent coulissant sur la dorsale des casques d'infanterie, plaque fixée par des pattes en boucle bloquées par des coins de cuir. C'est le casque de 1914, décrit par le musée de l'Armée et celui de Meaux : alliage de cupro-aluminium plus léger que le laiton, base de pointe à cinq trous, une vingtaine de centimètres de haut pointe comprise, contre 34 à 38 en 1842.
Lire la plaque : la Prusse, les autres États et la boule d'artillerie
La plaque dit l'État et, en Prusse, le type de troupe. L'aigle de ligne porte le chiffre « FR », Fridericus Rex ; les grenadiers « FWR » ; la Garde un aigle aux ailes déployées, avec l'étoile de la Garde ; Landwehr et réserve remplacent le chiffre et la banderole par la croix de Landwehr argentée, en forme de croix de fer. Sur un casque de troupes à pied postérieur à 1887, l'anneau de perles au col de la pointe, le Perlring, signale un officier ; avant cette date la troupe en portait un aussi, plus simple, et la cavalerie l'a gardé.
Hors de Prusse, chaque État a ses armoiries et sa cocarde : sur un casque d'officier de l'artillerie de campagne wurtembergeoise, les armes du royaume, une boule haute et démontable sur base cruciforme et la cocarde de l'État. La boule n'est pas une anomalie : artillerie, police, gendarmerie et douanes l'ont portée.
Cocardes, jugulaires, housse : les petites pièces qui confirment ou trahissent
Depuis le 22 mars 1897, un casque porte deux cocardes : à droite la Reichskokarde, rouge au centre, blanche, puis noire au bord ; à gauche celle de l'État. Les cocardes de troupe d'origine sont le plus souvent en tôle de fer, donc magnétiques, mais il en existe en laiton, en maillechort (Bavière) et en aluminium (certaines Reichskokarden), et les premières copies étaient en étain ; le blanc de plomb des originales craquelle, s'écaille et jaunit.
La jugulaire de cuir M91 finit par une boucle de laiton à encoche en V qui se décroche facilement : tant de casques l'ont perdue qu'une jugulaire d'origine pèse lourd dans l'appréciation.
La housse de toile de 1892 portait le numéro du régiment en rouge, en vert dès août 1914.
Retourner le casque : coiffe, tampons et ce que dit leur absence
La coiffe de troupe est en cuir, à languettes arrondies, du premier au dernier modèle ; le bandeau de transpiration en cuir fin et la calotte de soie sont, à partir de 1880 environ, le propre des casques d'officiers achetés dans le commerce. Les tampons se lisent sur le couvre-nuque et dans la calotte. « BA » suivi d'un chiffre romain désigne le Bekleidungsamt, le dépôt d'habillement d'un corps d'armée : BAG pour la Garde, BA I à XVII, BA XIX pour Leipzig. Le régiment s'abrège, IR 79, FAR 34, HR 16 ; un R initial indique la réserve ; une année date la distribution ou une remise en service.
Exemple lu sur un forum : un modèle 1915 marqué « J.G. LIEB SÖHNE, BIBERACH », 1916, lettres de compagnie, numéro et « B.A. X ».
Pas de tampon ? Seuls les casques de troupe, propriété de la Couronne, étaient tamponnés à la distribution ; casques d'officiers et achats privés n'ont aucun tampon de dépôt.
1914-1916 : feutre, tôle, acier gris et pointe démontable
Les casques de remplacement de 1914
Dès août 1914, le cuir manque. Les casques de remplacement, dits Ersatz, sont en feutre, tôle, acier, fibre, voire carton, d'abord avec des garnitures de laiton ou argentées d'avant-guerre, puis avec l'acier gris de 1915. Un feutre à aigle argenté et pointe grise, comme celui du Landesmuseum de Brunswick, est donc cohérent.
Le modèle 1915 et sa pointe démontable
Le modèle 1915, introduit le 28 juin 1915 (le 11 novembre en Bavière), économise laiton et argent : garnitures en acier oxydé, non peintes, aux gris variables, et pointe amovible dont la fente s'engage sur un tenon à baïonnette. Test simple : sur un modèle 1895 de troupe, la pointe est fixe et ne se démonte pas ; sur un 1915, elle s'enlève d'un quart de tour. Seul le col de pointe du modèle 1887 tournait, pour ouvrir ou fermer ses évents. Dès septembre 1915, la pointe se retire en première ligne ; en 1916, le casque d'acier prend le relais.
Copies, remontages, pièces changées : l'examen pièce par pièce
Des reproductions circulent, parfois vendues honnêtement pour la reconstitution, puis revendues comme originales.
- La bombe. Un cuir d'origine est craquelé en surface et assombri, ce que les copies n'imitent pas ; un cuir mince trahit les copies indiennes ; un feutre original est dur, jamais mou.
- La plaque. Emboutie sur un original. Coulée, elle a un dos lisse et bulleux, un grain grossier, parfois une soudure peinte. Un double perçage de la bombe trahit un aigle rapporté.
- La quincaillerie. Rivets de la base de pointe à tête plate, non bombée ; boucles de jugulaire fines. Suspects : sur un casque d'infanterie modèle 1895, une dorsale sans évent coulissant (cavalerie et artillerie n'en avaient pas) ou à base pliée ; une pointe fixe sur un prétendu modèle 1915.
- La coiffe. Coutures d'origine, à la main ou à la machine ancienne, en fil de lin ou de coton ; des fils synthétiques neufs brillent sous la lampe à ultraviolets.
- Les tampons. Une police moderne, trop régulière, condamne le marquage.
Le remontage est plus fréquent que la copie : rivets non plaqués là où ils l'étaient, traces d'un autre aigle sur la bombe, jonc arrière retouché, coiffe de 1915 sous une pointe de laiton. Un modèle 1895 remonté en 1915 est courant, l'inverse beaucoup moins. La méthode générale d'examen d'un faux et les règles d'entretien du cuir et du métal s'appliquent ici : ne polissez rien.
Estimer sans chiffre : ce qui fait la valeur, et ce que dit la loi
Des critères, pas de prix. Le modèle : les casques précoces, vite remplacés, sont rares. L'État : la Prusse est la plus courante, la Bavière vient après ; moins un État alignait de régiments, plus ses casques sont rares. Enfin la complétude : bombe, pointe, plaque, jugulaire, coiffe et cocardes vieillies ensemble, tampons lisibles. La démarche est celle du guide estimer un objet militaire ; celui sur le casque d'acier allemand couvre la période suivante.
Côté loi, l'article R645-1 du Code pénal ne vise que les uniformes, insignes et emblèmes rappelant ceux des organisations déclarées criminelles à Nuremberg ou de personnes condamnées pour crimes contre l'humanité : aigle impérial et cocardes sont hors de son champ. Le guide vendre du militaria légalement rappelle les règles, et nos uniformes et coiffures de 14-18 montrent ce qui circule.
Ce que je ne peux pas vous dire ici
Je ne peux pas vous dire, sur photos, si une coiffe est d'origine ni si des rivets ont été replaqués : il faut tenir le casque, le retourner, passer l'aimant sur les cocardes, la lampe sur les coutures. Je ne peux pas non plus trancher les dates que les sources discutent, comme celle de l'adoption bavaroise. Et ce qu'un casque vaut dépend de l'exemplaire que vous tenez.
Questions fréquentes
Comment identifier un casque à pointe allemand ?
Regardez d'abord la plaque frontale, qui donne l'État : aigle au chiffre FR pour la ligne prussienne, armoiries pour la Bavière, la Saxe, le Wurtemberg ou le Bade. Datez ensuite par la silhouette et la quincaillerie : hauteur de la bombe, base de pointe ronde ou cruciforme, jonc de visière, jugulaire de cuir ou à écailles. Retournez enfin le casque pour lire les tampons de dépôt et de régiment.
Comment savoir si un casque à pointe est un modèle 1895 ou 1915 ?
Le modèle 1895 a des garnitures de laiton, de bronze d'aluminium ou de maillechort argenté selon les corps, et sa pointe est fixe. Le modèle 1915 a des garnitures en acier oxydé gris, et sa pointe se démonte : une fente s'engage sur un tenon à baïonnette. Un casque de 1895 remonté avec des pièces grises est courant ; vérifiez que les rivets et les trous de la bombe sont d'origine.
Quel est le prix d'un casque à pointe allemand 14-18 ?
Il n'existe pas de prix du casque à pointe, mais un prix par exemplaire. Il dépend du modèle, de l'État (la Prusse est la plus courante, les petits États sont rares), du grade, puis surtout de la complétude : coiffe, jugulaire et cocardes d'origine, tampons lisibles, vieillissement cohérent de toutes les pièces. Un casque dépareillé ou remonté se juge comme un assemblage.
Comment reconnaître un faux casque à pointe ?
Passez un aimant sur les cocardes : la plupart des cocardes de troupe prussiennes sont en tôle de fer et collent, mais pas toutes, la Bavière employait le maillechort et certaines Reichskokarden sont en aluminium ; un aimant qui ne colle pas est un doute, pas une condamnation. Regardez le dos de la plaque, embouti sur un original, lisse et bulleux sur une pièce coulée. Vérifiez que les rivets sont plats, que les coutures de la coiffe sont en fil de lin ou de coton, que rien ne brille sous la lampe à ultraviolets et que les tampons n'ont pas une police moderne. Un cuir sans craquelure de surface est un signe fort de reproduction, à confirmer par les autres.
Que signifient les marquages à l'intérieur d'un casque à pointe ?
« BA » suivi d'un chiffre romain désigne le Bekleidungsamt, le dépôt d'habillement du corps d'armée qui a distribué le casque ; BAG est celui de la Garde. Les lettres et chiffres du type IR 79 ou FAR 34 donnent le régiment, un R initial la réserve, et une année la date de distribution ou de remise en service. Un casque d'officier ou acheté à titre privé ne porte aucun de ces tampons.
Le casque à pointe allemand a-t-il été porté en 39-45 ?
Non. Le casque à pointe quitte la première ligne en 1916, remplacé par le casque d'acier modèle 1916, après un ordre de septembre 1915 de le porter sans sa pointe au front. Seules quelques polices le gardent ensuite, la Bavière jusqu'en 1935. Un casque présenté comme « casque à pointe 39-45 » est mal daté ou mal décrit.