Lexique du militaria

Par Augustin, fondateur d'Athena Militaria Publié le

Une annonce de militaria est écrite dans une langue qui ne s'apprend nulle part. On y lit qu'un casque est « au même numéro », qu'un insigne est « une refrappe », qu'une croix porte « une palme » : trois phrases qui décident du prix, et que rien n'explique. Voici ces mots, un par un, avec le guide qui les développe quand il y en a un.

Casque Adrian modèle 1915 exposé en vitrine
Casque Adrian modèle 1915. Bombe, cimier, visière, couvre-nuque : chaque partie a son nom, et les annonces l'emploient. Photo Rama, CC BY-SA 2.0 FR

Le casque

Bombe
La calotte d'acier du casque, sans sa coiffe ni ses accessoires. On parle de bombe nue quand le cuir intérieur a disparu. le guide
Cimier
La nervure fixée sur le dessus d'un casque Adrian. Sa forme et son mode de fixation séparent les modèles. le guide
Coiffe
Le garnissage intérieur, en cuir sur les modèles anciens, qui tient la tête à distance de l'acier. C'est la partie qui a le plus souffert du temps. le guide
Jugulaire
La lanière qui passe sous le menton. Elle porte souvent un marquage de fabricant sur sa face interne. le guide
Attribut frontal
L'emblème fixé à l'avant du casque, qui désigne l'arme ou le service. Un attribut rare posé sur un casque commun est le montage le plus fréquent du marché. le guide
Bord roulé
Pourtour inférieur replié vers l'intérieur, lisse au toucher. Sur les casques allemands, il distingue les modèles 1935 et 1940 du modèle 1942, au bord vif. le guide
Bavolet
La partie basse d'un casque allemand, qui descend sur la nuque et les oreilles. Ses faces internes portent le code du fabricant, la taille et le numéro de lot. le guide
Décalcomanie
L'insigne appliqué sur le flanc d'un casque. C'est l'élément le plus falsifié du militaria, parce que l'écart de prix qu'il crée est considérable. le guide

Marquages et fabrication

Poinçon
Marque frappée dans le métal par le fabricant ou le service de contrôle. Le polissage l'efface, ce qui rend une pièce astiquée souvent inidentifiable. le guide
Tampon d'acceptation
Marque apposée par le service qui a reçu la pièce en dotation, distincte de celle du fabricant. le guide
Numéro d'homologation
Numéro précédé d'une lettre, au dos d'un insigne d'unité, qui renvoie à la validation du dessin par les services de l'armée. Il date le modèle, jamais l'exemplaire. le guide
Refrappe
Nouvelle fabrication officielle d'une pièce, des années après la première. Elle est authentique, mais n'a pas la valeur d'une frappe d'époque. le guide
Émail grand feu
Verre coloré cuit à haute température. Dur et profond, il s'écaille par éclats nets, là où les résines appliquées à froid se rayent. le guide
Boléro
Barrette à ressort fixée au dos d'un insigne, qui se glisse derrière un rabat de poche. Le type d'attache est un marqueur d'époque. le guide
Patine
L'oxydation lente qui recouvre un métal ancien. Elle fait partie de la pièce : la retirer fait perdre de la valeur, définitivement. le guide

Médailles et décorations

Citation
Fait d'armes relevé par un chef et inscrit dans un ordre. C'est elle que matérialise une croix de guerre, et non le simple fait d'avoir servi. le guide
Palme
Emblème fixé sur le ruban d'une croix de guerre, qui signale une citation à l'ordre de l'armée. Une palme d'argent en remplace cinq de bronze. le guide
Étoile
Emblème de ruban désignant une citation d'un niveau inférieur à l'armée : bronze pour le régiment ou la brigade, argent pour la division, vermeil pour le corps d'armée. le guide
Millésime
Les années portées au revers d'une croix de guerre. Elles datent la fabrication et l'attribution, pas le fait cité. le guide
Fourragère
Cordon porté collectivement par une unité citée plusieurs fois à l'ordre de l'armée. Elle ne dit rien du parcours individuel de celui qui la porte. le guide
Brochage
Montage d'une décoration sur son ruban. Un remontage récent se repère au fil, aux plis et à l'état du ruban. le guide

Armes blanches

Quillon
L'ergot recourbé de la garde. Sur la baïonnette du Lebel, sa suppression en cours de guerre distingue deux variantes réglementaires. le guide
Lame cruciforme
Lame en croix, sans tranchant, faite pour percer. C'est la signature de la baïonnette du fusil Lebel, surnommée Rosalie. le guide
Douille
La partie creuse qui s'emboîte sur le canon. Son diamètre sépare des modèles que la lame seule ne distingue pas. le guide
Au même numéro
Se dit d'une pièce dont la lame et le fourreau portent le même numéro, donc n'ont jamais été dépareillés. C'est plus rare qu'on ne le croit. le guide
Neutralisation
Opération rendant une arme inapte au tir. Son statut dépend de la date, de la norme appliquée et du certificat qui l'accompagne : une neutralisation ancienne ne vaut pas certificat valable aujourd'hui. le guide

Uniformes

Vareuse
La veste d'uniforme. C'est son étiquette intérieure, et non sa coupe, qui donne une date précise. le guide
Capote
Le manteau long réglementaire, en drap de laine épais. le guide
Patte de col
Le rectangle de tissu cousu au col, portant un numéro d'unité et un liseré de couleur. C'est la combinaison des deux qui situe, pas l'un des deux seul. le guide
Bleu horizon
Le gris bleuté clair de l'armée française à partir du milieu de la Grande Guerre. le guide

Documents

Fiche matricule
Le registre du conscrit, conservé aux archives départementales du lieu de recrutement et très largement numérisé. C'est la clé pour retrouver un parcours. le guide
Livret militaire
Le carnet individuel du soldat. Il donne le nom, la date et le lieu de naissance et le bureau de recrutement, c'est-à-dire tout ce qu'il faut pour chercher. le guide
Carte-photo
Tirage photographique au format d'une carte postale, format courant du portrait de soldat envoyé à la famille. Le dos se date autant que l'image. le guide
Artisanat de tranchée
Objets façonnés au front dans des douilles et des éclats. Une douille gravée est un objet ordinaire dès lors que l'amorce a été retirée. le guide

Le marché

Provenance
L'histoire documentée d'une pièce : de qui elle vient, dans quelle unité, rapportée d'où. C'est le seul élément qui ne se reconstitue jamais après coup. le guide
Pièce recomposée
Ensemble assemblé à partir d'éléments d'origines différentes. Très fréquent, pas toujours malveillant, mais sans commune mesure avec une pièce homogène. le guide
Reproduction
Copie moderne, souvent produite pour la reconstitution historique, qui vieillit et finit par réapparaître dans une succession sans que personne ne sache d'où elle vient. le guide
Ensemble nominatif
Groupe de pièces désignant toutes la même personne, documents compris. C'est le seul cas en militaria où le tout vaut nettement plus que la somme de ses parties. le guide
Cote
Il n'en existe aucune d'officielle. Une fourchette honnête se construit sur des ventes réellement conclues, jamais sur des prix affichés. le guide

Questions fréquentes

Que veut dire « au même numéro » dans une annonce ?

Que la lame et le fourreau d'une arme blanche portent le même numéro, donc qu'ils n'ont jamais été dépareillés depuis leur fabrication. C'est plus rare qu'on ne le croit et cela se paie. Des numéros différents ne disqualifient pas une pièce, mais doivent être signalés.

Quelle différence entre une refrappe et une reproduction ?

Une refrappe est une fabrication officielle postérieure du même modèle : elle est authentique, elle n'a simplement pas été portée à la période concernée. Une reproduction vise à imiter une pièce recherchée, sans aucun caractère officiel. Le dos d'un insigne trahit généralement l'une comme l'autre.

Pourquoi ne faut-il pas astiquer une pièce ancienne ?

Parce que le polissage retire la patine et, avec elle, les poinçons et les marquages qui permettaient d'identifier et de dater la pièce. Une pièce astiquée est souvent devenue inidentifiable, et la perte est définitive.

Qu'est-ce qu'un ensemble nominatif ?

Un groupe de pièces désignant toutes la même personne, documents compris : livret, photographies, citations, décorations. C'est le seul cas en militaria où le tout vaut nettement plus que la somme de ses parties, et le disperser détruit cette valeur pour toujours.

Existe-t-il une cote officielle en militaria ?

Non, aucune. Aucun organisme ne publie de barème et les ouvrages donnent des fourchettes trop larges pour décider. Une estimation honnête se construit en relevant des ventes réellement conclues sur des pièces comparables, jamais des prix affichés.

Que signifie « neutralisée » pour une arme ?

Que l'arme a été rendue inapte au tir. Son statut dépend de la date de neutralisation, de la norme appliquée et du certificat qui l'accompagne : une neutralisation ancienne ne vaut pas certificat valable aujourd'hui. En cas de doute, faire confirmer par un armurier.

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