Munitions anciennes : la conduite à tenir
Par Augustin, fondateur d'Athena Militaria Publié le
C'est le seul sujet de ces guides qui relève de la sécurité physique immédiate. Une munition de la Grande Guerre reste une munition : le temps n'a pas désamorcé ce qu'elle contient, il l'a rendu plus instable. Et la phrase qui revient dans presque tous les accidents est toujours la même : « mon grand-père disait qu'il était vide ».
La règle, en trois lignes
Si vous trouvez un objet qui pourrait être une munition : ne le touchez pas, ne le déplacez pas, ne le transportez pas. Éloignez-vous, éloignez les enfants et les animaux, et appelez la gendarmerie ou la police. Ils saisiront le service de déminage.
L'intervention est gratuite. Elle n'entraîne aucune poursuite contre vous, y compris si l'objet est chez vous depuis des décennies et y compris s'il y a plusieurs pièces. C'est le point le plus important de ce guide : la crainte d'avoir des ennuis est la première cause de mauvaise décision, et elle est sans fondement.
Ce qui compte comme munition
Plus large que ce que l'on imagine :
- Obus de toutes tailles, y compris ceux transformés en vase ou en pied de lampe, dits « artisanat de tranchée ».
- Grenades défensives et offensives, y compris sans cuillère ni goupille apparentes.
- Mines et engins enterrés.
- Fusées et détonateurs seuls, qui sont parmi les pièces les plus sensibles bien qu'étant les plus petites.
- Cartouches complètes, de tous calibres, y compris tirées d'armes anciennes.
- Fusées éclairantes, pots fumigènes, artifices de signalisation.
- Tout contenant fermé d'origine militaire dont vous ignorez ce qu'il renferme, y compris les bidons et les caisses scellées.
Les obus chimiques existent en nombre dans certaines régions du front et ne se distinguent pas à l'œil d'un obus explosif. C'est une raison supplémentaire de ne jamais manipuler.
Pourquoi « il est vide » ne veut rien dire
Trois raisons, et elles s'additionnent.
Personne ne voit l'intérieur. Un obus dont l'ogive est en place est un obus dont on ignore le contenu. Une douille brillante et propre ne dit rien du projectile qu'elle porte.
Le temps rend les explosifs plus instables, pas moins. Certains composés cristallisent en vieillissant et deviennent sensibles au choc, au frottement, parfois à une simple manipulation. Un engin qui n'a pas fonctionné à l'impact en 1916 n'a pas fonctionné pour une raison mécanique, et cette raison peut disparaître aujourd'hui.
La mémoire familiale n'est pas une expertise. Le grand-père qui affirmait que la pièce était vidée le tenait souvent lui-même d'un tiers. Personne, dans la chaîne, n'a ouvert l'objet.
Ce point revient aussi dans hériter d'objets militaires, parce que c'est presque toujours dans une succession qu'on découvre ces pièces.
La marche à suivre, étape par étape
- Ne pas manipuler. Si vous l'avez déjà en main, reposez-le doucement sur une surface stable, là où il est, et éloignez-vous.
- Ne pas nettoyer, ne pas gratter, ne pas dévisser. Le brossage et le décapage sont exactement les gestes à éviter.
- Ne pas transporter. Ni au commissariat, ni chez un armurier, ni chez un voisin qui « s'y connaît ». Le trajet est la phase la plus dangereuse, et déplacer une munition en véhicule pose en outre un problème légal.
- Sécuriser les abords et empêcher l'accès, en particulier aux enfants.
- Appeler la gendarmerie ou la police, ou le 17. En cas de danger immédiat, le 112.
- Photographier de loin, sans flash et sans rien déplacer, si cela aide à décrire l'objet au téléphone.
- Attendre les démineurs sur place, ou selon leurs instructions.
Ce qu'on peut légitimement conserver
Tout n'est pas à évacuer, et la collection d'objets de tranchée a sa place.
Les douilles vides, une fois le projectile et l'amorce retirés, sont des objets métalliques ordinaires. Ce sont elles qu'on retrouve gravées ou repoussées dans l'artisanat de tranchée. Attention toutefois : une douille dont l'amorce est encore en place au culot n'est pas vide.
Les pièces neutralisées avec un document qui l'atteste, établi par un professionnel. Le document fait partie de la pièce : sans lui, la neutralisation est une affirmation, pas une preuve. Une neutralisation ancienne ne vaut pas certificat valable aujourd'hui.
Les éléments inertes par nature : éclats, ailettes, boîtes vides, outils, accessoires.
Dans le doute, considérez la pièce comme active. C'est la seule règle qui ne se retourne jamais contre vous.
Sur le site
La mise en vente de munitions est interdite, et c'est sans exception. Nos conditions générales l'écrivent, et une annonce de ce type est retirée sans discussion. Le cadre complet de ce qui peut se vendre est dans vendre du militaria en France.
Ce n'est pas une précaution de façade. Une munition envoyée par la poste met en danger des gens qui n'ont rien demandé, du guichet au facteur.
Si vous êtes en train de vider une maison
Commencez par ce tri avant tout le reste, avant même de photographier ou d'inventorier quoi que ce soit. Sortez ce qui est en cave et au grenier avec précaution, et mettez immédiatement de côté, sans les rassembler ni les empiler, tous les objets métalliques lourds, cylindriques ou ovoïdes dont vous ne savez pas ce qu'ils sont.
Une fois ce point réglé, le reste de la démarche est décrit dans hériter d'objets militaires : par où commencer.
Ce que je ne peux pas vous dire ici
Je ne peux pas vous dire si votre pièce est inerte, et aucune photographie ne le permet. Personne ne peut l'affirmer à distance, et quiconque le fait vous rend un mauvais service.
Cette page ne remplace pas l'avis des démineurs, qui sont les seuls compétents. Appelez-les : c'est gratuit, c'est sans conséquence pour vous, et c'est la seule réponse qui vaut.
Questions fréquentes
J'ai trouvé un obus ou une grenade, que dois-je faire ?
Ne le touchez pas, ne le déplacez pas et ne le transportez pas. Éloignez-vous, empêchez l'accès aux enfants et aux animaux, puis appelez la gendarmerie, la police ou le 17, qui saisiront le service de déminage. L'intervention est gratuite et n'entraîne aucune poursuite contre vous, même si l'objet est chez vous depuis des décennies.
Une munition de 1914-1918 peut-elle encore exploser ?
Oui, et le temps aggrave les choses plutôt qu'il ne les arrange : certains composés cristallisent en vieillissant et deviennent sensibles au choc ou au frottement. Un engin qui n'a pas fonctionné à l'impact ne l'a pas fait pour une raison mécanique, et cette raison peut disparaître aujourd'hui.
Mon grand-père disait que l'obus était vidé, est-ce suffisant ?
Non, et c'est la phrase qui revient dans presque tous les accidents. Personne dans la chaîne n'a ouvert l'objet : l'information s'est transmise de bouche à oreille sans jamais être vérifiée. Un obus dont l'ogive est en place est un obus dont on ignore le contenu.
Puis-je apporter une munition à la gendarmerie moi-même ?
Non. Le transport est la phase la plus dangereuse, et déplacer une munition en véhicule pose en outre un problème légal. Laissez l'objet où il est, sécurisez les abords et appelez : ce sont les démineurs qui se déplacent, pas vous.
Peut-on collectionner des douilles et de l'artisanat de tranchée ?
Oui. Une douille dont le projectile et l'amorce ont été retirés est un objet métallique ordinaire, et c'est sur ces douilles qu'a été réalisé l'artisanat de tranchée. Vérifiez toutefois que l'amorce n'est plus en place au culot : une douille amorcée n'est pas vide.
Peut-on vendre des munitions sur Athena Militaria ?
Non, sans exception. La mise en vente de munitions, d'obus, de grenades, de détonateurs et d'objets pyrotechniques est interdite par nos conditions générales, et une annonce de ce type est retirée sans discussion. Une munition expédiée par la poste met en danger des personnes qui n'ont rien demandé.