La médaille de Verdun : reconnaître ses types, lire son diplôme, juger sa valeur
Par Augustin, fondateur d'Athena Militaria Publié le
« On ne passe pas » : quatre mots gravés au-dessus d'une République casquée, sur l'une des médailles les plus répandues dans les boîtes de famille. La médaille de Verdun n'a pourtant jamais été une décoration de l'État : c'est l'insigne qu'une ville en ruines a offert à ses défenseurs, adossé depuis 1922 à un Livre d'Or qui s'écrit encore. Il en existe plusieurs dessins, des frappes françaises et américaines, des refrappes récentes et des diplômes qui se datent d'après le maire qui les signe. Voici comment vous y retrouver, et sur quoi fonder une estimation.
Un insigne de la ville de Verdun, jamais une décoration officielle
La médaille de Verdun n'a jamais figuré parmi les décorations de l'État. Elle naît d'une délibération du conseil municipal de Verdun, le 20 novembre 1916, dont le texte, imprimé ensuite sur chaque diplôme, la dédie « aux Grands Chefs, aux Officiers, aux Soldats, à Tous, Héros connus et anonymes, vivants et morts ».
L'initiative vient du groupement fraternel des évacués et réfugiés meusiens, qui voulait un insigne vendu à leur profit ; la délibération lui donne l'autorité de la ville, et le diplôme au cachet municipal en facilite la vente. Six ou sept dessins furent proposés : aucun ne reçut l'approbation du gouvernement, et le port n'a jamais été officialisé, même si elle se porte, dans les faits, avec les décorations officielles.
« On ne passe pas » : d'où vient la devise de l'avers
Après la prise de Fleury, le 23 juin 1916, le général Nivelle signe un ordre du jour dont la forme imprimée est « Vous ne les laisserez pas passer », vite repris sous la forme « Ils ne passeront pas ! ». La chanson « Verdun ! On ne passe pas », créée en 1916 par Eugène Joullot, Jack Cazol et René Mercier, popularisa la formule gravée sur la médaille. On l'attribue souvent à Pétain ; Poincaré, lui, la reprit le 13 septembre 1916 en décorant la ville dans la citadelle.
Qui avait droit à la médaille : le secteur, les dates, le Livre d'Or
Y ont droit les anciens combattants des armées françaises ou alliées en service commandé entre le 31 juillet 1914 et le 11 novembre 1918 dans le secteur de Verdun, de l'Argonne à Saint-Mihiel, dans la zone soumise au bombardement par canon : bien plus large que la bataille de 1916, par une extension de 1922.
Le 26 avril 1922, le conseil municipal crée le « Livre d'Or des Soldats de Verdun », inauguré en août par André Maginot : une commission examine les justificatifs, chaque inscrit reçoit un numéro, et les registres reposent dans la crypte du Monument à la Victoire. La médaille restait à la charge du récipiendaire. L'attribution n'a jamais cessé : « Ceux de Verdun » et la Commission du Livre d'Or délivrent encore des diplômes, y compris à titre posthume. Inscription et médaille restent deux choses distinctes.
Le type Vernier, modèle retenu par la ville
Avers, revers et ruban
Le dessin retenu est celui de Séraphin Émile Vernier (1852-1927) : médaille portable en bronze, module de 27 mm. À l'avers, la tête de la République casquée, un sabre à la main, sous la légende « On ne passe pas » ; la signature Vernier se lit sur le bord gauche. Au revers, la façade de la Porte Chaussée sous le nom VERDUN, entre des palmes, et en bas la date du 21 février 1916, début de la bataille ; cette porte à deux tours rondes est parfois prise pour la citadelle. Le ruban est rouge, bordé de chaque côté de trois fines raies bleu, blanc, rouge. Dessinée fin 1916 et frappée début 1917, elle est datée de l'une ou l'autre année selon les musées. En avril 1922, l'association des anciens combattants « On ne passe pas » reçoit le monopole de l'attribution de la médaille pendante, c'est-à-dire du modèle Vernier.
Reconnaître la fabrication
Quatre fabrications se distinguent au pied à coulisse. La frappe de la Monnaie de Paris mesure 27 mm pour 2 mm d'épaisseur, nette, signée, avec au revers le poinçon à la corne d'abondance suivi de BR. Les fabrications privées françaises se situent autour de 26,5 mm et 1,5 mm, au relief moins précis. Les fabrications américaines, non signées, sont au moins deux : l'une d'environ 26 mm pour 2 mm, au visage plus émacié et au listel épais ; l'autre de 27,5 mm pour 1,5 mm, au visage proche des frappes françaises. Le nom de GEMSCO (New York) n'est attesté que sur une miniature.
Les autres types : Prud'homme, Révillon, Augier et les rares
La demande ayant dépassé l'offre, d'autres dessins furent frappés à titre privé. Les classements par rareté que vous lirez ne sont pas sourcés ; d'autres placent Steiner et Rasumny parmi les plus rares.
- Prud'homme. Georges-Henri Prud'homme (1873-1947) : buste de la République coiffée du casque Adrian modèle 1915, VERDUN et 1916 ; au revers, un cartouche pour le nom du récipiendaire et la légende « AUX GLORIEUX DEFENSEURS DE VERDUN ». Module de 27 à 31 mm selon les sources, bélière biconique le plus souvent.
- Révillon. Ernest Auguste Révillon (1854-1937) : figure féminine couronnée, tenant une épée et une hampe (un sceptre selon d'autres descriptions), VERDUN en haut et « On ne passe pas » en bas ; au revers, un soldat chargeant en haut relief. Diamètres relevés de 22 à 29 mm.
- Augier. De 30 à 33 mm selon les sources, en bronze : un soldat tenant son fusil devant un canon, la légende « On ne passe pas » et la signature A. Augier en bas à droite ; au revers, les portes de Verdun et du laurier. Seul modèle à agrafe propre, VERDUN 21 FÉVRIER 1916 sur deux lignes. Suspension d'origine à double anneau ; la refrappe moderne a une bélière à boule.
- Steiner, Rasumny, René et le triangulaire. Steiner, bronze d'environ 29 mm, signé en bas à droite de l'avers, compte parmi les plus difficiles à trouver, comme Rasumny, 28 mm, au soldat en très haut relief, que certains rangent parmi les médaillettes. René, dit aussi « Marie Stuart », souvent doré, à bélière à boule percée, vient de la maison A. Marie Stuart, au Palais-Royal, qui le fabrique toujours : un exemplaire brillant peut être tout récent. Du triangulaire de Pautot, on ne connaît que la forme ; les collectionneurs y voient une médaillette patriotique plutôt qu'une médaille.
Agrafe « Verdun », diplômes et documents
Les agrafes sont toutes non officielles ; l'agrafe VERDUN accompagne couramment le type Prud'homme, et les agrafes connues sont attribuées, sans certitude, à Delande, Arthus-Bertrand et Mourgeon. Une agrafe étrangère à l'époque de la frappe signale un montage tardif.
Le document le plus fréquent est le diplôme d'inscription au Livre d'Or : un feuillet d'environ 14 sur 21 cm, imprimé et complété à la main, avec la gravure de la médaille, le texte de la délibération de 1916, puis trois signatures, celles du président des anciens combattants « On ne passe pas », du président de la Commission du Livre d'Or et du maire, sous le cachet de l'association et le sceau de la ville, une vue de Verdun médiévale légendée « Civitas Virdunum ». Les diplômes imprimés après 1929 ajoutent les citations d'André Maginot (1922) et de Victor Schleiter (1929), et peuvent indiquer le numéro d'inscription, l'unité et le secteur ; les plus récents portent une quatrième signature, celle du président de « Ceux de Verdun ». Parce qu'il porte un nom, le diplôme rattache la médaille à un homme ; voyez le guide sur les papiers et photographies militaires.
Dater et authentifier une médaille et son diplôme
Pour la médaille, procédez dans l'ordre : le type, d'après l'avers ; la fabrication, d'après diamètre, épaisseur, signature et poinçon ; la bélière ; enfin la patine, qu'il ne faut jamais nettoyer. Une Vernier de la Monnaie de Paris n'est pas forcément ancienne : « Ceux de Verdun » en distribuait encore une en janvier 2007 ; le poinçon prouve l'atelier, pas la date. Le diplôme se date par le maire qui le signe : Robin (1919-1925), Victor Schleiter (1925-1933), Panau (1933-1935), Thiébaut (1935-1941, puis 1944-1947), Thevenon (1947-1953), François Schleiter (1953-1965), Beauguitte (1965-1977), Vigneron (1977-1983), Barat-Dupont (1983-1989), Dumont (1989-1995), Lux (1995-2014), Hazard (depuis 2014). Écartez enfin les médailles de table, Vernier (37 mm, 1917), Pillet (1917, 1925), Prud'homme (1917) et les éditions d'anniversaire de 1966 à 1996 : des objets de vitrine. Voir aussi le guide reconnaître un faux.
Ce qu'elle vaut : la méthode, sans chiffre
Vous ne trouverez ici aucun prix : sans l'objet en main, un chiffre ne voudrait rien dire. Voici ce qui fait la valeur. Le type : les dessins rares retiennent plus l'attention que le Vernier courant. La fabrication : frappe d'époque, privée, américaine ou refrappe récente ne se comparent pas. L'état et la complétude : ruban, agrafe, boîte. Surtout l'attribution : un Prud'homme gravé au nom d'un soldat, ou toute médaille accompagnée de son diplôme, de son livret et de ses autres décorations, forme un ensemble sans rapport avec une médaille isolée. Comparez uniquement avec des ventes conclues pour le même type et la même fabrication ; les médailles de la Grande Guerre proposées sur Athena Militaria donnent un premier repère, et la démarche est détaillée dans le guide estimer un objet militaire. Avec un diplôme, la fiche matricule complète le dossier (guide retrouver les décorations d'un soldat de 14-18). Pour vendre, déposez une annonce en précisant type, diamètre et accompagnement.
Ce que je ne peux pas vous dire ici
Je ne peux pas vous dire combien de médailles ont été frappées : aucune source ne le dit, et les numéros du Livre d'Or comptent des inscriptions, pas des médailles. Je ne peux pas trancher entre les diamètres divergents des sources, ni classer les types par rareté avec certitude. Je ne peux pas non plus savoir si votre ancêtre figure au Livre d'Or : seule la Commission, à Verdun, le peut ; demandez son adresse à la mairie. Pour la genèse, la brochure de Thierry Silvert, « La médaille de Verdun » (2006, 32 pages, à compte d'auteur), reste la référence.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la médaille de Verdun 1916 ?
Un insigne commémoratif créé par délibération du conseil municipal de Verdun le 20 novembre 1916, dédié aux défenseurs de la ville et vendu au profit des Meusiens évacués. Le modèle retenu par la ville est celui du médailleur Vernier : République casquée et devise « On ne passe pas » à l'avers, Porte Chaussée et date du 21 février 1916 au revers, sur un ruban rouge liséré de bleu, blanc, rouge.
La médaille de Verdun est-elle une médaille officielle ?
Non. Aucun des dessins proposés n'a été approuvé par le gouvernement, et son port n'a jamais été officialisé. C'est l'insigne d'une ville, non une décoration de l'État, même si elle se porte dans les faits avec les décorations officielles. Aucun texte ne la crée.
Comment obtenir la médaille de Verdun aujourd'hui ?
L'inscription au Livre d'Or des Soldats de Verdun, créé en 1922, est toujours instruite par la Commission du Livre d'Or et l'association « Ceux de Verdun », y compris à titre posthume pour un ancêtre ayant servi dans le secteur de Verdun entre juillet 1914 et novembre 1918. Les descendants peuvent aussi demander à la Commission si un ancêtre y figure déjà. Adressez-vous à la mairie de Verdun pour les coordonnées actuelles.
Quelle est la valeur d'une médaille de Verdun ?
Elle dépend du type (Vernier, Prud'homme, Révillon, Augier ou modèles rares), de la fabrication (Monnaie de Paris, privée, américaine ou refrappe récente), de l'état, du ruban et de l'agrafe, et surtout de ce qui l'accompagne : un diplôme nominatif ou un nom gravé change la nature de l'objet. Comparez uniquement avec des ventes conclues pour le même type et la même fabrication.
Que veut dire « On ne passe pas » sur la médaille de Verdun ?
C'est le mot d'ordre de la défense de Verdun en 1916, popularisé par l'ordre du jour du général Nivelle après la prise de Fleury le 23 juin 1916 et par la chanson « Verdun ! On ne passe pas » créée la même année. Il figure à l'avers de la plupart des types, Vernier, Révillon, Augier, René, Steiner ou Rasumny ; le Prud'homme, lui, ne le porte pas.
Comment reconnaître une médaille de Verdun Prud'homme ?
Par son avers : un buste de la République coiffée du casque Adrian modèle 1915, sous des feuilles de laurier, avec VERDUN et 1916. Le revers porte un cartouche rectangulaire pour le nom du récipiendaire et la légende « AUX GLORIEUX DEFENSEURS DE VERDUN ». Elle est souvent montée avec une agrafe VERDUN.