La croix du combattant : ce qu'elle dit d'un aïeul, et où retrouver sa carte
Par Augustin, fondateur d'Athena Militaria Publié le
Elle est dans presque toutes les boîtes de famille, et c'est souvent la décoration la moins regardée. La croix du combattant ne récompense ni une blessure ni un exploit : elle dit qu'un homme a été reconnu combattant, carte à l'appui, en vertu de la loi du 28 juin 1930. Encore fabriquée aujourd'hui sur le même dessin, elle ne vaut que par ce qui s'y rattache : un nom, une carte, un dossier. Voici comment la lire, la distinguer de la croix du combattant volontaire et de la croix de 1939-1940, et où chercher la carte qui l'a justifiée.
Une croix pour une carte : la loi du 28 juin 1930
Tout commence par la carte. La carte du combattant est créée par l'article 101 de la loi de finances du 19 décembre 1926 ; le décret du 28 juin 1927 en fixe les conditions, et sa délivrance revient à l'Office national du combattant, né de la même loi.
La loi du 28 juin 1930 institue ensuite, pour les seuls titulaires de la carte, une croix du combattant : l'attribution de la carte « donnera droit, de plano, à cette croix ». Le décret du 24 août 1930 en fixe la matière, le module et le ruban, et ouvre un concours réservé aux artistes titulaires de la carte, devant un jury présidé par André Maginot, président du comité d'administration de l'Office et alors ministre de la Guerre.
Retenez la logique : la croix n'est pas décernée, elle est acquise. Le décret le dit en trois phrases : seuls les titulaires de la carte peuvent porter la croix ; la carte leur tient lieu de brevet ; ils se la procurent à leurs frais. Le code des pensions militaires d'invalidité répète encore la première. Aucun diplôme officiel ne l'accompagne ; ceux des familles viennent d'associations.
Le dessin de Doumenc : avers, revers et ruban
Le projet retenu est celui d'Eugène-Baptiste Doumenc (1873-1943), lui-même ancien combattant. C'est une croix pattée en bronze d'environ 36 mm, aux quatre branches reliées par une couronne de laurier. À l'avers, l'effigie de la République coiffée d'un casque Adrian chargé de laurier, et la légende RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. Au revers, l'inscription CROIX DU COMBATTANT encadre un glaive vertical, pointe en bas, d'où partent des rayons vers le haut. Suspension par un simple anneau, sans bélière.
Le ruban est la signature de la croix : bleu horizon, coupé dans sa longueur de sept raies rouge garance de 1,5 mm, soit le bleu de la capote du poilu et le garance de son pantalon d'avant 1915. Le décret fixe sa largeur à 36 mm ; beaucoup de rubans font 37 mm, et ce n'est pas un signe de faux.
Marquages et variantes de fabrication
Dès 1930, le règlement du concours ouvre la fabrication à l'administration des Monnaies et médailles et aux fabricants ayant passé un traité avec l'Office. La Monnaie de Paris la frappe toujours : ses exemplaires portent au revers le poinçon « BR », pour bronze, et la corne d'abondance. L'exemplaire reproduit ici, daté d'après 1960, les porte sur un montage à épingle double. Des fabricants privés l'ont produite aussi, sans liste fiable de marques.
Ce qui varie : le fini, bronze patiné ou doré ; la taille, ordonnance ou réduction ; le montage, anneau ou épingle. Ce qui ne varie pas : le dessin. Il n'existe donc pas de « modèle 14-18 » reconnaissable à l'œil : l'âge d'une croix se lit à la patine, au ruban et surtout aux papiers qui l'accompagnent.
La croix 1939-1940 de l'État français, et le retour du modèle de 1930
Un seul écart au dessin existe. Le décret du 28 mars 1941 institue, sous l'État français, une croix du combattant de la guerre 1939-1940 : la croix de 1930, mais portant au revers le millésime 1939-1940, sur un ruban bleu horizon à cinq bandes noires, trois fines au centre et deux larges sur les bords. Elle était réservée aux titulaires du certificat de combattant créé par le décret du 27 décembre 1940.
L'ordonnance du 7 janvier 1944 en interdit le port, et le décret du 29 janvier 1948 rétablit le modèle d'origine pour les combattants de 1939-1945. Une croix à ruban rayé de noir est donc un document précis : elle date de 1941 à 1944 et dit que son titulaire a été reconnu combattant de 1939-1940 par l'État français, rien de plus. Décrivez-la, datez-la, gardez le ruban d'origine.
Ne pas confondre : la croix du combattant volontaire
La croix du combattant volontaire 1914-1918, créée par la loi du 4 juillet 1935, est une croix de bronze de 36 mm : un poilu casqué sur un glaive, « COMBATTANT VOLONTAIRE 1914-1918 » au revers, ruban vert à raie centrale rouge et bordures jaunes. Elle exigeait la carte et la preuve du volontariat, et compte comme titre de guerre pour la Légion d'honneur et la Médaille militaire. Un peu plus de 10 200 ont été attribuées, contre plus de 4,4 millions de cartes pour 1914-1918.
Une croix du combattant volontaire 1939-1945 a suivi, créée par la loi du 4 février 1953, au ruban inversé : rouge à bande centrale verte et bordures jaunes. Le décret du 8 septembre 1981 l'a remplacée par une croix unique pour tous les conflits depuis 1939, au même ruban. Retenez les rubans : bleu horizon rayé de rouge pour la croix du combattant, vert ou rouge bordé de jaune pour la volontaire.
Votre aïeul y avait-il droit ? Les conditions de la carte
Dans sa procédure ordinaire, la carte a été accordée pour quatre-vingt-dix jours en unité combattante, pour l'appartenance à une unité ayant connu plusieurs actions de feu, neuf aujourd'hui, pour une évacuation pour blessure ou maladie contractée en unité combattante, pour une blessure de guerre homologuée, ou pour quatre-vingt-dix jours de captivité. En opération extérieure, 112 jours de présence suffisent depuis le décret du 20 décembre 2023, à défaut des quatre-vingt-dix jours en unité combattante.
La carte a été refusée à beaucoup : pour 1939-1945, 2,6 millions de cartes ont été accordées, et les Archives départementales conservent, à côté des attributions, des registres entiers de décisions de rejet. Une croix sans carte pose donc une question plutôt qu'elle n'y répond : le port est réservé aux titulaires, mais rien n'a jamais empêché d'en acheter une.
Retrouver la carte du combattant aux archives
La carte est un petit carton : photographie d'identité, état civil, domicile, numéro, date de délivrance, signatures du président du comité départemental et du titulaire. Valable cinq ans, elle devait être renouvelée : par échange contre une nouvelle, et ce sont souvent ces cartes périmées que gardent les archives, ou par une vignette annuelle collée dessus, comme ici. Elle ne dit rien du parcours ; le dossier de demande le raconte : formulaire, états de services, attestations, décision d'attribution ou de rejet.
Ces dossiers, versés aux Archives départementales en série R ou W, appartiennent aux fonds des services départementaux de l'Office, devenu l'ONACVG en 1946. Beaucoup ont été réglementairement détruits ; certains départements ont gardé les cartes, et plusieurs les ont mises en ligne, des Hautes-Alpes à l'Ardèche. Un dossier récent n'est communicable qu'après cinquante ans pour ce qui touche à la vie privée, sauf dérogation demandée à l'ONACVG.
La méthode, dans l'ordre :
- Le registre matricule, aux Archives départementales du lieu de recrutement ou au Centre des archives du personnel militaire de Pau : unités, blessures, citations, et parfois le numéro de la carte. Le guide sur les décorations d'un soldat de 14-18 explique comment le lire.
- Le fonds de l'Office aux Archives départementales du département où l'aïeul habitait au moment de la demande, puisque la carte était délivrée par le comité départemental.
- Le service de proximité de l'ONACVG pour les dossiers récents, non encore versés.
Ce que la croix dit, et ce qu'elle ne dit pas
La croix du combattant atteste une qualité, pas un acte de bravoure, contrairement à la croix de guerre. Elle ne dit ni le grade, ni l'unité, ni même la guerre : une croix identique a été portée par un survivant de 1870, un poilu, un soldat d'Algérie, un militaire rentré du Liban. Seul le ruban rayé de noir de 1941-1944 date une croix par lui-même.
Voilà pour la rareté : plus de huit millions de cartes délivrées au début de 1994, un titulaire qui achetait sa croix, une pièce qui se fabrique encore. Ce qui compte se joue autour d'elle : la carte, le dossier, le livret, les photographies, la commémorative et l'interalliée du même homme. Le guide estimer un objet militaire explique la méthode ; nos médailles de la Première Guerre mondiale montrent de tels ensembles, et si vous préférez vendre, déposez une annonce avec la carte et les papiers : ne les séparez jamais.
Ce que je ne peux pas vous dire ici
Je ne peux pas vous dire si votre aïeul a porté cette croix de son vivant : elle a pu être achetée par lui, offerte, ou ajoutée au cadre après sa mort. Je ne peux pas non plus dater une croix du modèle de 1930 d'après le métal seul, ni promettre que le dossier de carte a survécu dans votre département : les destructions ont été réelles et inégales. Pour un cas précis, l'ONACVG reste la seule réponse qui compte.
Questions fréquentes
Qui a le droit de porter la croix du combattant ?
Seuls les titulaires de la carte du combattant, délivrée par l'ONACVG, peuvent la porter. La loi du 28 juin 1930 lie la croix à la carte : l'attribution de la carte donne droit à la croix sans autre formalité, et le titulaire se procure l'insigne à ses frais. La carte lui tient lieu de brevet et il doit pouvoir la présenter pour justifier de son droit.
Quelle est la différence entre la croix du combattant et la croix du combattant volontaire ?
La croix du combattant atteste la qualité de combattant, prouvée par la carte ; son ruban est bleu horizon à sept raies rouges. La croix du combattant volontaire, créée en 1935 pour 1914-1918 puis unifiée en 1981, exige en plus la preuve d'un engagement volontaire ; son ruban est vert pour 1914-1918, rouge depuis 1939-1945, avec du jaune sur les bords. Elle a été bien moins attribuée et compte comme titre de guerre.
Comment obtenir la croix du combattant ?
En obtenant la carte du combattant : la demande se fait auprès du service de proximité de l'ONACVG, avec le formulaire Cerfa 15409, en ligne ou par courrier. Une fois la carte accordée, la croix suit sans autre démarche, mais elle n'est pas remise : le titulaire l'achète chez un fabricant de décorations.
Comment savoir si une croix du combattant est de 14-18 ou de 39-45 ?
Par la croix seule, on ne le sait pas : le dessin de 1930 n'a jamais changé et la croix est encore fabriquée. La seule exception est la croix de l'État français de 1941 à 1944, au millésime 1939-1940 et au ruban bleu horizon rayé de noir. Pour le reste, seuls la patine, le ruban et surtout la carte et les papiers du titulaire datent une croix.
Comment retrouver la carte du combattant de mon grand-père ?
Commencez par son registre matricule aux Archives départementales de son lieu de recrutement, qui porte parfois le numéro de la carte. Cherchez ensuite le fonds de l'Office national des anciens combattants aux Archives départementales du département où il habitait au moment de la demande, en série R ou W ; plusieurs départements ont mis leurs cartes en ligne. Les dossiers récents, de moins de cinquante ans, restent au service de proximité de l'ONACVG.
La croix du combattant a-t-elle de la valeur ?
Isolée, très peu : plus de huit millions de cartes avaient été délivrées au début de 1994, chaque titulaire achetait sa croix, et le même modèle se vend toujours neuf. Sa valeur est ailleurs : réunie à la carte, au dossier, au livret et aux autres décorations du même homme, elle fait partie d'un ensemble attribué qui raconte un parcours. Ne la séparez jamais des papiers qui l'accompagnent.