La médaille militaire : la reconnaître, la dater, retrouver son titulaire
Par Augustin, fondateur d'Athena Militaria Publié le , mis à jour le
C'est la décoration du soldat et du sous-officier, celle que les familles appellent volontiers la « Légion d'honneur du soldat ». Elle se reconnaît en un instant, mais elle se date mal : son modèle républicain, qui porte la date de 1870, est encore attribué aujourd'hui. Voici comment la situer, retrouver son titulaire et comprendre ce qui fait sa valeur.
Ce qu'est la médaille militaire
Instituée par un décret du 22 janvier 1852, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, la médaille militaire récompense les sous-officiers et les hommes du rang : pour un fait de guerre, pour des blessures reçues au combat, ou pour la durée et la qualité de leurs services. Elle peut aussi être décernée, à titre exceptionnel, à des officiers généraux ayant commandé en chef devant l'ennemi. Un officier subalterne ne la reçoit pas : s'il la porte, c'est qu'il l'a obtenue avant de devenir officier.
Dans l'ordre des décorations françaises, elle se place immédiatement après la Légion d'honneur et l'ordre de la Libération, et elle relève de la grande chancellerie de la Légion d'honneur. D'où son surnom, souvent entendu dans les familles.
Elle est toujours attribuée aujourd'hui. C'est le point qui piège le plus souvent : une médaille militaire trouvée dans une succession n'est pas forcément de la Grande Guerre, et sa légende ne suffit pas à la dater.
La reconnaître
La face
Un médaillon central doré porte un profil de la République, couronnée de lauriers, sur tous les modèles postérieurs à 1870. Il est entouré d'un bandeau émaillé de bleu portant la légende « République française 1870 », le tout inscrit dans une couronne de feuilles de laurier.
La date de 1870 est celle de la proclamation de la République, pas celle de la médaille. Elle figure sur les exemplaires remis en 1916 comme sur ceux attribués des décennies plus tard.
Le revers
Au centre, la devise « Valeur et discipline ». C'est elle qui permet de reconnaître la médaille militaire à coup sûr parmi les décorations de même allure.
Le sommet
Au-dessus du médaillon, la pièce qui relie la médaille à son ruban change avec le régime. Sous le Second Empire, c'est un aigle impérial. Sous la République, un trophée d'armes. Ce seul détail sépare d'un coup d'œil les deux grandes familles.
Le ruban
Jaune, bordé de vert. Comme pour toutes les décorations, il a souvent été remplacé : un ruban neuf ne rend pas la médaille suspecte, il ne vous apprend simplement rien sur son âge.
La dater
Second Empire, de 1852 à 1870
Effigie de Louis-Napoléon, légende à son nom, aigle au sommet. Ces exemplaires sont les moins courants et les plus recherchés, et ce sont aussi, pour cette raison, ceux que l'on copie le plus.
Troisième République, dont la Grande Guerre
À partir de 1870, l'effigie de la République et le trophée d'armes remplacent le souverain et l'aigle. Plusieurs variantes se sont succédé, qui se distinguent surtout par le dessin du trophée, le relief de l'effigie et la finition. C'est ce modèle qui a été remis pendant la guerre de 1914-1918, en très grand nombre.
Après 1945
Le modèle républicain a continué d'être fabriqué et attribué, avec la même légende. Distinguer un exemplaire de 1916 d'un exemplaire des années 1960 demande de comparer la fabrication avec des pièces datées de façon certaine : relief, qualité de l'émail, forme de l'anneau et de la bélière. Aucun de ces critères ne suffit seul.
La méthode la plus sûre reste documentaire. Une médaille accompagnée de son brevet, d'une citation ou d'une fiche matricule qui la mentionne est datée par ces papiers, bien mieux que par n'importe quel examen de l'objet.
Les poinçons
Les exemplaires en argent portent souvent un petit poinçon de garantie, fréquemment sur l'anneau ou sur la bélière. C'est un indice sur le métal, pas une preuve d'époque ni d'authenticité : on en trouve aussi sur des fabrications tardives, et son absence n'a rien d'anormal.
Réductions, copies et confusions
- La réduction. Une version de petite taille, portée sur la tenue civile. Ce n'est pas un faux : elle était achetée par le titulaire lui-même, et elle accompagne souvent la médaille de taille normale dans les familles.
- La croix de la Valeur militaire. Créée en 1956, elle récompense des actions menées hors des guerres déclarées. C'est une croix, pas un médaillon rond : la confusion ne tient qu'au mot « valeur ».
- Les copies. Elles visent surtout le Second Empire. Une pièce moulée plutôt que frappée se trahit par une surface granuleuse, des reliefs mous et des lettres empâtées ; son émail est souvent trop uniforme et trop brillant.
La démarche générale, valable pour toutes les pièces, est détaillée dans reconnaître une reproduction ou un faux.
La médaille militaire et la croix de guerre
Pendant la Grande Guerre, une médaille militaire accordée pour un fait de guerre s'accompagnait d'une citation à l'ordre de l'armée, et donc d'une croix de guerre avec palme. Les deux décorations se retrouvent souvent ensemble, sur une même barrette ou dans une même boîte.
De nombreuses médailles militaires ont aussi été attribuées à titre posthume, pendant et après le conflit, à des soldats morts pour la France. La médaille a alors été remise à la famille : l'absence d'usure n'a, dans ce cas, rien de suspect.
Pour lire la croix qui l'accompagne, ses étoiles et ses palmes, voyez lire une croix de guerre 1914-1918.
Retrouver le titulaire
Une médaille militaire ne porte ni nom ni numéro individuel. Le titulaire se retrouve par les documents, dans cet ordre.
- Les papiers de famille. Le brevet de la médaille militaire, le livret militaire, les diplômes de citation. Relevez le nom, les prénoms dans l'ordre exact, la date et le lieu de naissance, et la classe de recrutement.
- La fiche matricule. Conservée aux archives départementales du lieu de recrutement et très largement consultable en ligne, elle mentionne en général la médaille, sa date, et souvent le texte de la citation.
- Le Journal officiel. Les attributions y ont été publiées, souvent avec le texte des citations. Les numéros anciens sont numérisés et consultables librement sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.
- Mémoire des hommes. Pour un soldat mort pour la France, la base du ministère des Armées donne la fiche de décès, qui recoupe le reste.
Une précision qui fait gagner du temps : la base Léonore, souvent conseillée, rassemble les dossiers de la Légion d'honneur. Un titulaire de la seule médaille militaire n'y figure pas ; pour une Légion d'honneur, voyez dater une croix de la Légion d'honneur.
Pour toutes les décorations de la Grande Guerre, la démarche est détaillée dans retrouver les décorations d'un soldat de 14-18.
La lecture des papiers eux-mêmes est présentée dans lire et conserver des photographies et documents militaires.
Ce qui fait la valeur d'une médaille militaire
Il n'existe pas de cote officielle, et une médaille de la République seule, sans document, reste une pièce courante. L'écart tient à cinq éléments.
- Le modèle : Second Empire, variantes anciennes de la République, fabrications tardives.
- L'attribution documentée : brevet, citation, fiche matricule. C'est le facteur qui pèse le plus.
- L'ensemble : une médaille militaire avec sa croix de guerre, ses papiers et une photographie du titulaire forme un groupe, qui se vend comme tel.
- L'état de l'émail : les éclats du bandeau bleu sont fréquents et pèsent sur le prix.
- Le ruban d'origine, même fatigué.
Pour construire une fourchette honnête, relevez des ventes réellement conclues sur des pièces comparables, et non des prix demandés. La méthode est détaillée dans estimer la valeur d'une pièce, et l'archive des ventes du site affiche les prix réels et leur date.
La médaille militaire d'un aïeul de la Grande Guerre se vend couramment. Les précautions à prendre, notamment pour une décoration récente attribuée à une personne identifiable, sont réunies dans vendre des objets militaires en France.
Les erreurs à ne pas commettre
- Nettoyer l'émail ou le métal. Un produit pour l'argenterie attaque la dorure du médaillon et ternit l'émail pour de bon.
- Remplacer le ruban, même passé.
- Séparer la médaille de ses papiers ou de la croix qui l'accompagne.
- La ranger dans une pochette plastique fermée, où l'humidité s'accumule.
Les bons réflexes de conservation sont réunis dans entretenir cuir, textile et métal militaires.
Ce que je ne peux pas vous dire ici
Je ne peux pas vous dire, sur une description, à quelle variante exacte appartient votre médaille, ni à qui elle a été remise. Le premier point demande de voir la pièce de près, le second demande des documents.
Photographiez la face, le revers, le sommet et l'anneau, avec une règle à côté pour l'échelle, puis faites regarder l'ensemble : poser une question à la communauté. Pour comparer avec des pièces en vente, le catalogue réunit les médailles et décorations de la Première Guerre mondiale.
Questions fréquentes
Comment savoir si une médaille militaire date de la guerre 14-18 ?
La légende « République française 1870 » figure sur tous les modèles républicains, y compris les plus récents : elle ne date pas la médaille. Les indices viennent de la fabrication (dessin du trophée, relief, émail, anneau), comparée à des exemplaires datés, et surtout des documents : brevet, citation ou fiche matricule qui mentionne la médaille.
Qui pouvait recevoir la médaille militaire ?
Les sous-officiers et les hommes du rang, pour un fait de guerre, des blessures ou la qualité de leurs services, et à titre exceptionnel des officiers généraux ayant commandé en chef devant l'ennemi. Un officier subalterne ne la reçoit pas : s'il la porte, il l'a obtenue avant de devenir officier.
Comment retrouver le titulaire d'une médaille militaire ?
L'objet ne porte ni nom ni numéro. Partez des papiers de famille, puis consultez la fiche matricule aux archives départementales, le Journal officiel numérisé sur Gallica, et Mémoire des hommes pour un soldat mort pour la France. La base Léonore ne concerne que la Légion d'honneur.
Quelle est la valeur d'une médaille militaire ?
Il n'existe pas de cote officielle. Une médaille républicaine seule reste une pièce courante ; le modèle Second Empire, une attribution documentée, un ensemble avec croix de guerre et papiers, un émail intact et le ruban d'origine font l'écart. Une fourchette honnête se construit à partir de ventes réellement conclues sur des pièces comparables.